Entrevue avec Dany Varanese: Briques & Cie

PM: Bonjour à tous, pour ce nouvel article nous allons discuter aujourd’hui de briques, maçonnerie, ventre de boeuf, etc. J’ai la chance d’avoir avec moi Dany Varanesse qui est un expert dans ce domaine. Il est le président de Briques et Cie donc je vais le laisser nous donner un aperçu de son entreprise et se présenter par la même occasion.

DV: Nous sommes spécialisés dans tout ce qui à trait à la maçonnerie. Nous avons donc une spécialisation dans la restauration de bâtiments.

PM: Il s’agit vraiment d’un point qui devient de plus en plus important au fil des années pour les propriétaires car, lorsque l’on regarde les coûts au niveau de la maçonnerie, ce sont des coûts qui sont assez élevés dans les dépenses d’un immeuble puisque le parc immobilier vieillit dans le grand Montréal. J’imagine donc que vous devez être assez occupé. Quel seraient les points que l’on pourrait déceler avant que cela devienne irréversible et ce que l’on doit regarder en tant qu’investisseur?

DV: Souvent, les plus grands signes vont être décelés par les inspecteurs lorsque les gens veulent faire une nouvelle acquisition. Ce que nous observons le plus souvent est la ventre de boeuf. Un gondolement se forme, souvent dans le haut du mur, suite à l’étanchéité du parapet qui était déficiente. Il s’agit vraiment du signe que l’on observe qui est prédominant. Par la suite, les autres signes que l’on observe, qui sont plus discrets, mais qui causent tout autant de problèmes, sont les fameuses allèges. Avec le temps, une allège de plus de 60 ans sera beaucoup plus poreuse et va laisser entrer l’eau et créer des micro-fissures. Cela fait en sorte que d’autres ventres de boeuf viennent se créer au bas de l’allège. C’est souvent cette partie que les gens ont tendance à négliger. On voit aussi que les joints vont se vider au bas des allèges ainsi que des signes d’efflorescence.

PM: Pour quelqu’un qui est propriétaire d’un immeuble, y’a-t-il une inspection ou une méthode que tu suggères afin de repérer rapidement les signes que des problèmes sont en train de se former?

DV: Absolument, il faut vérifier si le parapet est en bon état et si, au niveau des jonctions, tout est bien étanche. L’objectif dans tout cela est d’empêcher l’infiltration d’eau et prévenir l’humidité. Je vous dirais que, dans 95% des cas où il y a eu formation de ventre de boeuf, ce fut parce que la toiture a été négligée. Souvent, les couvreurs vont changer la toiture, mais ne feront pas nécessairement attention pour changer le sommet du parapet. Les clients prennent donc pour acquis que tout est en ordre, mais l’infiltration va continuer à se faire et la détérioration va venir par la suite causer des dommages. La majorité part donc du toit et il y a aussi les allèges auxquels on se doit de faire attention.

PM: Une fois par année il est donc recommandé de vérifier que tout est en ordre pour s’assurer qu’il n’y a pas d’infiltration d’eau. Par la suite, y’a-t-il des signes apparent que l’on peut voir sur une brique?

« Dans 95% des cas où il y a eu formation de ventre de boeuf, ce fut parce que la toiture a été négligée. Souvent, les couvreurs ne feront pas nécessairement attention pour changer le sommet du parapet. » – Danny Varanese

DV: L’efflorescence est un bon signe. Il s’agit de sels minéraux qui vont apparaître sur la brique et il s’agit d’un signe que l’eau entre à cet endroit précis car, lorsque le mur sèche, il rapporte les sels minéraux en surface. On doit donc se poser la question à savoir pourquoi l’efflorescence se forme à cet endroit. Ce n’est pas dangereux en soi, il est possible de le nettoyer avec un savon de maçonnerie ou attendre que cela disparaisse mais c’est un signe prédominant. Lorsque l’on voit du sel on doit se poser la question.

PM: On voit souvent cela sur les immeubles neufs, il y a de grandes taches blanches et elles disparaissent par la suite.

DV: C’est tout à fait normal. Lorsque l’on fait faire de la maçonnerie neuve ou des réparations, l’efflorescence peut revenir en surface car, par exemple, si la brique a pris la pluie avant d’être posée les taches vont apparaître. On doit donc prendre en considération que l’efflorescence va se résorber avec le temps. C’est au moment où cela ne se résorbe pas et que c’est dans un endroit précis que nous devons nous poser des questions. La cause est toujours l’eau ou l’humidité.

PM: Quel serait la solution si l’on remarque que l’efflorescence persiste?

DV: On doit tenter de faire une inspection afin de déterminer d’où vient le problème donc vérifier la toiture pour les infiltrations d’eau, les allèges et le calfeutrant sur les allèges. Souvent, c’est quelque chose que les gens oublient car c’est en hauteur. Je dirais qu’il s’agit des causes principales qui peuvent causer de l’efflorescence.

PM: Nous avons parlé de ventre de boeuf ou, renflement de brique, quel serait la solution face à ce problème et comment peut-on déceler que le problème est en train de se former?

DV: La ventre de boeuf va se former car le toit a été négligé pendant plusieurs années et l’eau va s’infiltrer. Au Québec, durant la période de l’automne et du printemps, nous avons 360 périodes de gel et dégel. Ce qui fait que l’eau s’infiltre durant plusieurs années et les périodes de gel et dégel causent des pressions verticales et latérales sur la brique. Tranquillement, les ancrages, les points cloués au mur pour empêcher un déversement et stabiliser le mur, vont céder avec les années. C’est la déformation de ces ancrages qui cause le ventre de boeuf à cause du gel et dégel. Il n’y a pas vraiment de technique afin de le déceler à l’avance, à moins qu’il y ait une infiltration d’eau qui ait été négligée durant plusieurs années.

PM: On peut le voir lorsque l’on fait la visite d’un immeuble. D’ailleurs je me rappelle lorsque l’on faisait les inspections, on se collait au mur et on voyait clairement la déformation alors qu’à seulement quelques mètres on ne voyait absolument rien. Y’a-t-il des solutions si l’on commence à voir une déformation?

« Nous avons 360 périodes de gel et dégel. Ce qui fait que l’eau s’infiltre durant plusieurs années et les périodes de gel et dégel causent des pressions verticales et latérales sur la brique. » – Danny Varanese

DV: Si la ventre de boeuf n’est pas très prononcée, ce que j’appelle des ondulations, à prime abord, ce que je suggère fortement est de procéder au rejointement. Ce que nous allons faire est de venir meuler les joints d’environ trois quarts de pouce de profondeur afin de retirer le vieux mortier et le remplacer par un nouveau mortier sain. Lorsqu’il y a un petit peu d’ondulations dans le mur, je suggère aussi de mettre des ancrages. Elles sont vissées dans le bois et vont se déployer afin de venir se prendre entre les briques ce qui fait en sorte que cela empêche la brique de continuer les mouvements. Cela marche très bien et c’est approuvé par les ingénieurs.

PM: Il s’agit donc d’une bonne solution à court terme pour stopper cela. Ce qui arrive est que c’est souvent dans le haut donc ce n’est pas un travail qui est simple à effectuer. Lorsqu’il est rendu trop tard quel est la technique?

DV: Malheureusement, la seule option est de défaire et refaire. Souvent, c’est à partir du toit jusqu’aux fenêtres du deuxième étage que nous allons défaire dépendamment s’il s’agit d’un duplex ou d’un triplex. Nous allons défaire la brique, la nettoyer et la reposer avec de nouveaux ancrages. À ce moment-là, ça va être stable pendant encore plusieurs années.

PM: On voit souvent, sur un immeuble, des briques éclatées à différents endroits. S’agit-il d’un signe que la qualité de la brique est mauvaise ou est-ce qu’il s’agit, encore une fois, d’un signe d’infiltration d’eau ou d’humidité?

DV: Encore une fois, c’est un signe d’infiltration d’eau qui a été négligé. Nous allons souvent le voir mélangé à des ventres de boeuf et dans des endroits où le soleil ne va pas toucher au mur durant la journée. Cela a donc pour effet que le mur ne sèche pas et, avec le gel et dégel, les effets sont encore plus importants.

PM: C’est un point important que tu mentionnes car l’emplacement du mur face au soleil est vraiment important. Ce sont souvent ces murs qui vont se détériorer deux ou trois fois plus vite en comparaison à ceux qui sont constamment au soleil.

DV: C’est pour cette raison que l’inspection et l’entretien sont extrêmement importants surtout sur ce type de mur. Une autre chose pouvant causer des problématique sur la maçonnerie est s’il y a des plantes grimpantes sur l’immeuble. Cela fait en sorte que l’humidité va rester dans le mur et ne pourra pas s’évacuer.

PM: Nous avons parlé de briques éclatées, ventre de boeuf, maintenant le jointage est un autre point important qu’il est nécessaire d’aborder. Souvent, lors d’une inspection, on voit l’inspecteur gratter avec son tournevis et, parfois, sans aucun effort le joint commence à ressortir. Y’a-t-il une façon de prévenir ça?

« Il n’y a pas de nouvelles technologies qui est complètement sans danger pour la brique. Elle existe depuis au dessus de 100 ans et il existe des bâtiments à Montréal qui sont encore en excellentes conditions. » – Danny Varanese

DV: Un joint de mortier est censé durer environ 20 à 30 ans et, dans la plupart des cas, sur les bâtiments à Montréal, il s’agit encore des joints d’origine. Il est donc parfaitement normal que le joint soit rendu à sa fin de vie utile. Ce que nous faisons dans ce cas-ci est que, encore une fois nous allons venir meuler les joints et insérer un nouveau mortier. Une fois qu’ils sont de nouveau compactés et lisses, cela prévient les nouvelles infiltrations d’eau et leur redonnent une nouvelle durée de vie de 20 à 30 ans. Nous avons parlé d’infiltration d’eau par le toit, mais c’est certain que, si les joints de brique ne sont plus aussi étanches qu’au départ, qu’ils sont devenus sableux, ils vont laisser l’eau pénétrer dans le bâtiment.

PM: Tu nous as mentionné que la durée de vie des joints était d’une vingtaine d’année, mais est-ce que tu recommandes d’effectuer le changement avant?

DV: Dans certains cas, le joint peut être encore très beau. En fait, tout est dans la densité. Si le joint s’effrite facilement c’est à ce moment qu’il faut se poser des questions. Cependant, s’il est encore assez solide ce n’est pas une nécessité. C’est vraiment lorsque le joint commence à s’effriter que le changement devient nécessaire.

PM: Suggères-tu aussi de faire des changements de briques à certains endroits dans le mur?

DV: Définitivement, si les briques sont éclatées nous allons les remplacer à ce moment-là.

PM: Maintenant, en ce qui concerne les fameux murs de briques peinturées que l’on voit souvent sur la façade arrière, quel est le processus à suivre?

DV: On ne se le cachera pas, les gens peinture le mur car la brique commence, la plupart du temps, à être en mauvaise posture. C’est donc une façon de cacher la problématique puisque cela vient uniformiser toute la couleur sur le mur. Je suis d’accord qu’au niveau esthétique cela peut être plus beau, cependant cela créer d’autres problématiques. Lorsque la peinture commence à se relever on s’aperçoit que le joint commence vraiment à être effrité à l’arrière. Il est possible d’effectuer un rejointement pour prolonger la durée de vie du mur, mais il est certain que, à long terme, il sera nécessaire de jeter la brique et refaire un travail de brique à partir de zéro.

PM: C’est un terme important que tu utilises en disant “Jeter la brique”. Souvent les gens se font faire des soumissions avec simplement tourner la brique. As-tu des mises en garde face à cela?

DV: C’est difficile à dire, car il s’agit vraiment du cas par cas. La brique peut être en excellente condition donc, dépendamment de l’étendue des dommages sur la brique, on remarque tout de suite les dommages sur le mur. Dans plusieurs cas, il est donc possible de réutiliser la même brique. Cependant, si elle a été peinturée, nous allons la jeter d’emblée pour la simple et unique raison qu’elle a été peinturée pendant plusieurs années. Lorsque les clients nous appellent pour nous dire qu’ils remarquent des dommages puisque la peinture décolle, cela veut dire que les dommages sont vraiment en profondeur. La peinture est une couche par dessus la brique qui l’empêche de respirer ce qui veut dire que l’humidité qui se forme à l’arrière du mur pénètre la brique et, au gel et dégel, a de la difficulté à sortir en surface. Cela créer des micro-fissures en surface et ce n’est pas rare que, lorsque nous défaisons ce type de brique, elle se défait.

PM: Y’a-t-il de nouvelles techniques aujourd’hui pour quelqu’un qui voudrait mettre un revêtement pour protéger la brique?

DV: Je le déconseille fortement, même les scellants pour la brique empêche la brique de respirer. Cela revient environ à la même chose qu’une peinture. Il n’y a donc pas de nouvelles technologies qui, malgré ce que vous pouvez entendre, est complètement sans danger pour la brique. La brique existe depuis au dessus de 100 ans et il existe des bâtiments à Montréal qui sont encore en excellentes conditions. Je dis toujours au client qu’il n’est pas nécessaire de sceller la brique si des bâtiments à Montréal ont 100 ou 120 ans et la brique est encore intacte. Si l’on vérifie régulièrement que l’étanchéité de la bâtisse est adéquate ce n’est vraiment pas une nécessité d’appliquer un scellant.

PM: On parle aussi souvent de l’isolation d’un immeuble. Corrige-moi si je me trompe, mais j’ai lu que trop isoler n’était pas une bonne chose non plus car au-delà d’une certaine limite cela pouvait empêcher la brique de respirer comme il faut. Quel est ton opinion là-dessus?

DV: Je vais parler pour l’isolation extérieur. Souvent, lorsque nous défaisons un mur, les gens veulent refaire l’isolation par la même occasion. Il y a deux écoles de pensée à propos du mode opératoire à adopter. Mettre une maison des années 1950 ou même 1900, au code de 2018 peut poser des problèmes et il est important de faire attention. Les immeubles de cette époque respiraient beaucoup plus que maintenant donc procéder à une étanchéisation pourrait créer d’autres problématiques. C’est du cas par cas en ce qui concerne l’isolation des murs et je vous conseille fortement de faire affaire avec un technologue en architecture ou un architecte afin d’être certain qu’il s’agit de la meilleure façon de procéder. Je ne dis pas que l’isolation n’est pas une avenue à suivre, mais il est important de bien s’informer afin de ne pas causer de nouveaux problèmes.

PM: En terminant, on réalise que l’on est face à un problème irréparable et qu’il est temps de faire affaire avec un entrepreneur en maçonnerie. Qu’est-ce que tu suggères? Qu’est-ce qui est important lorsque nous approchons un entrepreneur en maçonnerie?

DV: Souvent les gens font leurs recherches via internet. Il existe aussi des associations tel que CAA recommandé et l’Association des entrepreneurs en maçonnerie du Québec. C’est de cette façon que vous pouvez trouvez un professionnel certifié.

PM: Merci à Danny Varanesse de nous avoir offert son temps et ses précieux conseils pour l’écriture de cet article ainsi que l’entrevue vidéo. L’entrevue est disponible sur notre page Facebook : Patrice Ménard – Multi-logements ou sur notre site web : patricemenard.com